Max,
D’où vient-il que la communication ne passe pas, que je sois en train décrire des mots de travers que tu vas comprendre de travers ? Je suis surement une manipulatrice, puisque tu le dis. Veux-tu que je te dise que ce que tu veux entendre ? C’est au dessus de mes forces. Mon ton docte est le plus naturel qui soit. Faites ce que je dis ne faites pas ce que je fais. Telle est ma doctrine. J’aime casser, voilà ce dont je suis capable. Toutes les insanités me conviennent. Je ne sais pas vivre, c'est tout. Je dois sortir ce soir et j’ai déjà trente minutes de retard et les yeux comme des citrouilles. J’ai envie de me battre et je recommencerai. Avec toi ou un autre. Je ne sais que critiquer. Je n’aime que Stoned. Ce que je comprends c’est que je ne te comprends pas. Nous n’avons pas le même langage. Je ne comprends rien à ta lettre comme tu n’as rien compris à la mienne. Ça brule à l’intérieur de moi. Une gifle si éprouvante, je me dois de réagir. Mais que puis-je faire, de quoi parles-tu ? Mes désirs, mes pulsions ? Peux-tu dorénavant être plus clair ? Les connais-tu ? Quels sont-ils ? Et tes histoires de baise ? Qu’en est-il ? Je t’ai reproché cela moi ? J’ai l’impression d’être une enfant sermonnée par un adulte sans en savoir la cause. Encore une sale petite peste. Surement pas une amie. Tu insinues que tu peux être pourri ? Pourquoi me dis-tu cela ? Nous construisons un mur entre nous à coup de mots. Si cela te console, je peux dire que c’est moi qui construis ce mur. Pour tenir mes distances. Ne prend pas tout au pied de la lettre. Je ne t’aurais pas attiré, parlé et écrit, si je pensais ce que tu crois que je pense en écrivant la lettre que tu lis et interprète.
Explique-moi, Max, je suis perdue.
C’est bête les larmes, ça fait du brouillard et je ne vois plus ce que j’écris. Tu me dis que tu n’as pas réussi à faire sortir quelques mots de ta bouche du genre « viens manger à la maison", dans ta première lettre. Et là tu me dis que tu n’en as plus très envie. Mais je m’en fous, moi, je n’en fais pas un plat. Par écrit on dirait toujours qu’on s’étale sur le sujet, alors qu’il vaut dix secondes à l’oral. En revanche, il est vrai que je te rends responsable de choses qui m’incombent. En fait, je crois que je voudrais que tu fasses ce que moi je ne suis pas capable de faire. Et je t’en veux que tu refuses. J’aime t’entendre dire que tu as agi de telle ou telle manière. Je t’admire. Ça me donne du courage. Que vas-tu encore lire dans ce que je viens d'écrire ? Je suis inquiète, je ne voudrais pas augmenter insidieusement ton taux d’adrénaline. Si je te dis que tu n’es pas libéré, c’est une boutade. Une très mauvaise allusion au thème de la femme libérée, que tu abordes sans cesse. Tu as creusé le problème… Tu t’en sors mieux que quiconque, la preuve, notre simple amitié, entre une fille et un garçon… Punaise, c’est compliqué d’écrire pour se faire comprendre. Les paroles s’envolent et les écrits restent. En paroles tu peux toujours dire que tu n’as pas dit cela ou pas voulu dire cela, que ta langue a fourché. À l’écrit, c’est plus difficile. Tu es supposé avoir muri ta réflexion avant d’entamer l’écriture. Or, quand je t’envoie un courrier, j’y ai jeté mes pensées comme une bouteille à la mer, de la même manière que si je t’avais parlé. Nous sommes heureux de nous voir, mais il faut bien nous quitter, arrêter la conversation. Bavarde comme je suis, je la reprends donc à l’écrit. Et c’est mon métier, l’écrit. Comme le tien d’ailleurs, si tu le choisis. Si nous faisons mutuellement des contresens à la lecture des « œuvres » de l’autre, c’est, soit que nous n’écrivons pas de manière assez juste, assez subtile. Soit que nous écrivons de manière trop subtile et donc trop floue, ce qui laisse prise à toute interprétation. Nous ne sommes ni l’un ni l’autre de bons écrivains. Tu as raison, nous brassons du vide, il me semble que nous nous faisons mutuellement les mêmes reproches. Explique-moi, Max.
Toi tu as l’expérience, la science, et le temps de penser, de réfléchir.
Moi, en bonne égocentrique, je n’ai de place que pour la peinture, les monstres et les petits oiseaux.
Ça ne bouillonne dans ma tête que quand je rencontre des gens qui allument le feu. Sinon ça va bien merci. Cela cache quelque chose, crois-tu ?
J’interprète, c’est tout ce que je sais faire de ta prose. Je ne comprends pas tes périphrases comme tu ne comprends rien aux miennes. Ce que je sais c’est que je n’ai rien d’un moteur de voiture ni d’une durite. Tu évoques sans doute une ressemblance avec le moteur à explosion ou avec celui à réaction, je ne sais. Tu me dis que tu feras attention à tes gestes après avoir fait attention à tes mots. Pourquoi ? N’aimais-tu pas jouer au chat et à la souris ?
Moi qui fais justement l’effort de te dire tout comme ça vient, en vrac, même si ça vient mal. Je t’ai dit des choses à me faire rentrer sous terre. Tu me peins comme un monstre. Mais je suis un monstre. Je ne vais plus oser écrire de peur de blesser la carcasse de l’être sensible qui se cache sous ta chevelure.
Je sais aussi dire bonjour et au revoir si cela te suffit.
Tu me mets des parenthèses (à expliquer) tu me laisses dans le suspens. Que dois-je comprendre ? Tu me mets dans un tel embarras que je ne sais plus comment m’exprimer. Je vois ton sandwich radis beurre partout maintenant.
Je n’avais pas jusqu’ici eu tant de difficultés à me faire comprendre par écrit. Se pourrais-je que je devienne analphabète. Face à toi. Je suis bien mal devant cette page. Il sera sans doute utile que tu m’apprennes à te comprendre pour que je meure moins bête. Même s’il n’y a pas de recettes et ceci et cela, je t’en prie, Max, explique- moi. On ne m’avait encore jamais dit qu’on ne m'affectionnait pas. Je suis tombée de l’escalier, Les talons des escarpins brisés. Ça fait du bien de temps en temps de remettre en place les pimbêches. N’est-ce pas ? Tu as raison, un partout. Si. De nouveau nous sommes à nos places. Je souhaite que tu aies tout de même bien digéré ton sandwich radis beurre.
Quand je t’écris, je t’aime bien quand même, même si je te déteste quand je te lis.
Joséphine.