Ecrit :
Je ne voudrais pas exister. En fait je n’existe pas. Ce n’est pas possible. Je suis trop laide. Je n’ai pas le droit, pas le droit d’avoir un défaut. Je n’ai pas le droit d’être désirable, désirée, aimée. Qui peut me vouloir, un fou. Trop c’est trop. On ne peut pas vouloir de moi. Je n’ai pas le droit de vouloir c’est de ma faute. C’est de ma faute si je suis faite comme je suis. Est ce de leur faute aux gens s’ils ont des boutons, les oreilles décollées, un trop grand nez, s’ils sont bossus ? La loterie a fait qu’ils sont sortis comme ça et c’est de leur faute. C’est de leur faute si on se moque d’eux. Tu as vu la fille ? Quelle horreur ?
Pourquoi je ne fais rien, c’est vrai ça, pourquoi ? Et pourquoi tu ne te mets pas la tête dans un sac plastic en fermant très fort, tu serais sure de faire quelque chose pour déranger les gens qui sont dérangés. Toujours les gens, toujours être parfaite pour les autres. Toi ils s’en foutent, Mais il ne faut pas les choquer, ces braves gens ont un sens de l’esthétisme. Ils sont beaux, eux. Toi, tu déranges. La laideur, même ponctuelle, même un petit défaut, dérange. Fermez vous les yeux, mes pauvres gens, qui ne peuvent supporter que le beau, votre beau, votre notion du beau et que vous vous êtes crées, les autres, ceux qui sortent du cadre, qu’ils changent ou qu’on les supprime du paysage. Allez y, tuez nous, les moches, les laids, les obèses. Les trop ceci les trop cela, les pas assez ceci les pas assez cela. Pour le plaisir des gens normaux, des gens sui se croient normaux. Pourquoi les laids vivent ils mal, parce qu’on leur fait sentir qu’ils dérangent. Chirurgie esthétique et out le reste l’usine ! L’usine à fabriquer des beaux pour le plaisir de la société lâche, si lâche.
Pourquoi vouloir me changer ? Si je me plais, moi. Pourquoi donner du fric à un type qui vite sur les laids et en vit grassement. Pourquoi me sentirais-je mieux après, parce que je serais en accord avec les autres ? Les autres, toujours les autres. Leur regard accusateur, réprobateur, juges tous des juges. Mais juges au nom de quoi ? A qui appartient la notion de beauté ? Y a-t-il un détenteur de cette notion qui pourrait changer ceux qui ne rentrent pas dans le cadre ? C’est de leur faute, c’est de leur faute, s’ils sont laids. Mais ma pauvre, petite, tu t’es vue ? Alors fais quelque chose, qu’est ce que tu attends ? Qu’est ce qui te prend. Veux tu vivre toute ta vie avec les regards, les moqueries, la pitié, ce calvaire ? As tu les nerfs solides résisteras tu aux journaux et revues qui ne parlent que d’une certaine beauté un esthétisme ? Pourquoi refuser de changer, c’est une bataille pour rien, tu ne changeras pas le regard des gens, leur méchanceté lorsqu’ils ont trouvé une faiblesse chez l’autre. Tu ne changeras peut être même pas le regard de tes proches. Ils en prendront leur partie, parce qu’ils t’aiment bien, c’est tout. Ils diront elle est gentille mais elle a ce petit défaut qui cloche, ou ce gros défaut qui la déforme. Ils n’en penseront pas moins, même s’ils ne chercheront plus à te faire changer, usés par ton obstination farouche. Tu as perdu d’avance. Pourquoi me trouvent-ils laide ? Dans la rue, on ne me trouve pas toujours laide, mes amis ne me disent pas tous des choses désagréables, Ils m’ont fait mal, ils m’ont marqué, et pour me cacher, je me suis masquée en quelque sorte. Est-ce ma faute si mon esprit secrète toutes ces idées qui font que mon corps refuse son existence, son identité. J’ai fini par accepter, moi, telle que je suis. Je peux maintenant supporter tous les sarcasmes. Me supporter moi, m’aimer, m’admirer, rire. Moi qui ne supportais pas même l’idée d’être morte pour ne pas montrer un corps mort ; Oh ce n’est pas seulement mon corps que je refusais, c’était mon identité toute entière, le fait d’être un être humain, une femme, d’avoir des pensées, des souvenirs, des douleurs, des plaisirs et en conséquence le fait d’avoir un corps. Mon corps, je ne l’ai jamais trouvé laid, ni avant ni après, jamais. Je ne le voyais pas, j’e n’existait pas dans ma tête. Une morte vivante, une marionnette. C’est quelqu’un d’autre que je voyais dans la glace et elle n’était pas laide, bien au contraire, elle me plaisait. Je me plais encore et toujours, malgré de que l’on appelle des défauts, malgré les autres les regards, les méchancetés, je suis belle, malgré vos laideurs. Il faut bien que je me défende. Je ne comprends pas ton attachement à ce côté esthétique. Est ce d’avoir trop vu de cadavre pendant tes cours, de gens difformes, disproportionnés ? J’ai entendu dire que les femelles animaux (et peut être humaines) choisissent les mâles les mieux proportionnés, instinctivement, pour espérer se reproduire dans les meilleures conditions. Ton instinct semble être le même. Nous n’étions que sur le registre de m’amitié. Pourquoi y avoir mis de l’esthétique ?
Ce n’est plus vraiment l’été.
Ce sera peut être un soir.
Je ne tiens pas spécialement au champagne.
Mais je tiens à toi et à tes baisers amicaux.