Lundi

Publié le par Joséphine

Max,

 

Je te remercie, tu as fait ta b.a. ta bonne action. Grâce à toi, je sais maintenant. Je croyais que j’étais la plus belle fille du quartier. Je sais maintenant que c’est faux. Je ne dis pas ça en riant Max, si tu voyais les larmes dans mes yeux, tu saurais que je dis ça sérieusement. Je croyais que ne n’était pas grave d’être comme je suis. Je croyais qu’on pouvait m’aimer quand même. Mais je crois avoir compris que c’est faux. Je ne m’étais jamais vue. Je ne me regardais pas, pas je m’en souciais guère. Les moqueries glissaient sur moi comme la pluie sur les toits. Désormais ce sera plus difficile. Je supporterai moins les railleries, maintenant que j’ai un tant soit peu ouvert les yeux. Je me suis vue laide Max, affreusement laide, inesthétique, comme des vers sur un bon fromage. Répugnante. Je comprends maintenant tes réflexions insistantes. Je comprends que je suis laide à tes yeux, et aux yeux des miens semble-t-il. J’ai maintenant une boule dans la gorge qui vient grossier celle que j’avais depuis longtemps déjà. Je lève la tête et aux pieds de mon lit, sur le mur, il y a une énorme araignée. Pourquoi la tuer ? Parce qu’elle est laide comme moi ? Je ne lui demanderai pas de se faire un lifting ni de se transformer en libellule pour le Plaisir des yeux. Je l’aurais laissé vivre avant, mais maintenant je ne sais pas ce que je dois faire d’elle. L’esthétique compte-t-il à ce point dans les relations amicales,  Je suis surement masochiste Max, tu me le diras, tu sais tout. Mais je supporterais les sarcasmes. Je vivrai jusqu’à cent ans, afin d’attendre mon vrai rôle sur cette terre ? Celui d’une vilaine sorcière, avec des mains croches, des doigts aiguisés comme des griffes des verrues partout et des cheveux filasse. Je ne vais pas pourquoi j’attendris d’ailleurs, J’ai mal au cœur. Tu as sans doute raison Max de me dire de faire quelque chose contre mes défauts.  Mais je dois aimer souffrir. Dieu m’a faite ainsi. Je ne vois pas d’autre explication au malin plaisir de me sentir laide comme tu me le montres. La coupe n’est pas encore pleine, j’ai d’autres amis, tu ne le sais pas, d’autres attentions. Je te remercie d’avoir tenté de jouer au psy, ou au chirurgien esthétique, vendre ta camelote. Tu as voulu faire une bonne action et comme ta vocation est d’aider les autres, tu as voulu me sortir de là. Mais là où ? Tu as été très fin, très bien. Tes allusions étaient parfaites, et grâce à elles, mal dans ma peau j’étais, mal je suis. Je pense qu’effectivement, dire les choses crument peut être un bon moyen pour quelqu’un de se voir en face et de vouloir se faire soigner ou opérer. Mais il y a un grain de sable dans le circuit. La médecine ne fait pas tout. Tu as rompu le charme. S’il y avait la mer, je serais entrée dedans toute habillée jusqu’à me noyer, mais je ne sais pas nager. Mes beaux yeux bleus m’auraient sauvée. Car en fait, tu m’as aidé à comprendre on me dit toujours que j’ai de beaux yeux, parce que je ne suis pas très belle en dehors de ces joyaux. Mais ce n’est pas l’important, pour moi. C’est la faute aux laids s’ils le sont. Ce sont les beaux qui le disent. Soit, c’est de me faute, mais je l’accepte. Si toutes nos charmantes conversations n’avaient pour but que la correction d’un défaut physique qui ne gène pas tout le monde, fort heureusement. Sinon on parquerait les laids dans des dépotoirs, or des villes, et on les mettrait en esclavage, pour qu’au moins ils rapportent. Je ne voudrais pas qu’en guise de confidence sur l’oreiller, tu me demandes de corriger ce que toi tu vois comme un défaut. Je ne le pourrai pas. Mon destin est d’être ainsi c’est tout. Je sais bien que cette phrase ne rime à rien, mais lorsque mon destin changera, je changerai. Et toi tu ne fais pas partie de mon destin. C’est bon, tu peux me lâcher, et partir à la recherche d’une nouvelle âme en peine à soigner ou à aider. Tu m’as déjà bien aidé, Max. Tu as fait ta B.A. Mon corps ne sera jamais assez esthétique pour toi. Je ne veux surtout pas t’obliger à le supporter. Je t’aime trop bien pour cela. 

Amicalement,

Joséphine. 

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Publié dans Chapitre VIII

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