Max,

Publié le par Joséphine

 

Voilà, la « belle enfant » est devant sa feuille et sèche lamentablement. Il faudrait sans doute que je « me la donne un peu plus » selon ton expression favorite. Mais c’est dur de forcer, d’être toujours mieux qu’on est, ou du moins toujours en super forme, avoir de l’humour, un soupçon d’intelligence, des tonnes de charme et beaucoup d’inspiration. C’est difficile Max, de te séduire constamment. J’essaie. Mais j’ai cependant l’impression d’échouer lamentablement. Je me désespère. C’est que tu es difficile Max, tu es un mec trop bien, les autres ne t’arrivent pas à la cheville. D’ailleurs tu n’es pas un mec, tu es un homme, tu es mieux que ça, un prix de vertu de douceur, tu es le premier prix, le gros lot. Celui dont on rêve quand on achète le billet de loterie. Et généralement, on gagne une petite cuillère. Elles tombent tellement toutes à tes pieds et tu ne les relèves même pas, ou si un moment, tu leur essuies leurs beaux habits, tu leur tapes tendrement sur l’épaule et hop mesdemoiselles, dégagez !

Et elles repartent, toutes ragaillardies d’avoir passé un moment en ta compagnie. Bon elle est mal partie cette lettre non ? Attends, je relis et je te dirais ça. Non, je crois que je suis en train de te dire en pleins de mots que je suis jalouse, oui, c’est ça. Je suis jalouse de toi. Je te trouve tellement bien. On dirait que tu peux te détacher de tout sans souffrir. Finalement, tu ne l’as pas pleurée beaucoup Isabelle, Je serais déçue, si j’étais elle. Oh c’est surement des idées que je me fais ou une façade que tu te donnes, mais on dirait que tu prends les gens, tu les dissèques, et quand ils sont coupés en mille morceaux, tu t’en vas tout guilleret sans avoir perdu une plume. Je suis jalouse de ton rire narquois. Tu prends beaucoup, je ne trouve pas que tu donnes tellement. Ou alors je veux trop, oui, c’est ça, je veux trop. Mais je ne sais pas ce que je veux, je suis trop jeune pour ça. Ou alors j’ai envie de ce que tu ne peux pas me donner.  Il y a longtemps que je voudrais savoir les suites de tes aventures romanesques. Comment s’est passé ta résurrection ? Tu ne m’as pas dit la vérité, mais peut-être n’est ce pas cela qui compte. Comment se fait-il que tu sois devenu comme tu dis, un homme bien ? Qu’as-tu de différent ? D’ailleurs es-tu vraiment si bien que tu le dis ou si sûr d’être bien ? Est-ce le fait que tu penses (à tort à mon avis) ne plus avoir d’a priori ? Les enfants sont cruels, capricieux, ne peuvent fixer longtemps leur attention sur la même chose. Si tu te targues d’être un enfant dans un corps d’adulte, avec des responsabilités et des choix de grande personne à faire, je ne souhaite pas que tu aies à choisir pour moi ou à me soigner, que ce soit le corps ou la tête. De nombreuses personnes sont ainsi, la croissance du corps, ne va pas toujours avec la croissance de l’esprit. De nombreuses personnes comme toi d’ailleurs recherchent la compagnie de gens comme nous afin de rajeunir autant que possible à notre contact. 

L’inspiration vient en écrivant, continue, ne t’arrêtes pas cela te fera peut-être grandir. 

Il est bien tard.

Trois secondes s’il te plaît, je relis. 

Bon, tu ne vas pas être très content, mais tant pis, on se dit tout n’est ce pas ? Garance m’a appris à ne pas être diplomate.

 

Miaou ! As-tu entendu un bruit ?

Ce n’était qu’un chat dehors qui faisait les poubelles.

Quand tu auras oublié mon nom, tu diras de moi :

 

La fille qui aimait les chats.

 

 

Je ne sais plus pourquoi j’écrivais à Max des affirmations gratuites si dures. Sans doute pour qu’il réagisse mal, et que nous nous réconcilions. Je suppose que c’était un plaisir comme un autre, un peu de piquant pour pimenter le néant. 

 

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Publié dans Chapitre VIII

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