Cher Max,
Nous sommes jeudi. Je viens de me réveiller après une longue nuit lourde. Hier soir nous sommes allés à un lunch. Pour fêter un évènement quelconque qui tenait à cœur à mon père. On s’est retrouvé en famille, avec quelques amis, et mon patron ! Mon patron, avec lequel je m’étais un peu accrochée il y a six mois, était plus sympathique. On se lance quelques piques, je n’apprécie pas tout ce qu’il dit, Il est trop cosaque, trop violent pour moi.
Hier, il était sur excité. C’était plutôt drôle, cela faisait rire la compagnie. Pour reprendre une discussion que tu avais eue, nous avons fait le clown. C’est d’ailleurs lui qui l’a dit. Lorsque nous l’avons quitté il allait rejoindre d’autres amis. Nous lui avons demandé si ce n’était pas un peu trop tard. Il a répondu ils attendent le clown, ils sont patients.
Ma très chère belle sœur me pose des problèmes. Dès que je dis quelque chose, elle me contre, défendant mon patron et démolissant mon frère. Bien entendu cela fait rire aussi, elle a joué au petit clown. Elle ne supporte pas la boisson. Ce qu’elle m’a dit était plutôt méchant. Ou je suis susceptible, ce qui est le cas bien entendu. Difficile de raconter sur papier. Résumons cette soirée. En fait elle me reproche :
1 – De ne pas me conduire comme sa sœur ni comme la sœur de mon frère mais en étrangère. Je n’y peux rien. C’est vraiment l’expression de la réalité. Je ne sais pas bien venir chez quelqu’un sans y être jamais invitée. Je n’aime pas m’imposer, j’ai toujours l’impression de gêner. Elle m’a dit un jour « Tu ne veux pas non plus qu’on se mette à genou, si tu viens, tu viens, sinon tant pis ». Il y a de quoi te donner envie !
Sans compter que venir chez moi, ça ne va pas, ils ont autre chose à faire !
D lui va chez eux, environ tous les dix jours. Tant mieux pour lui, il se sent bien loin de son épouse et peut se défouler. Tandis que je me sens mal avec eux. Ils attendent de moi des approbations que je ne peux leur donner.
2 – Elle m’a dit que je n’étais pas du « milieu » de mes nièces. Là, je ne sais pas bien ce qu’elle veut dire. En la faisant parler je me suis aperçue qu’elle pense, ainsi que mes nièces, que je suis une fille « popote » et « snob ». Tu comprends, je n’aime pas les buffets froids les pistes de danse et se marrer sans savoir pourquoi. En gros je n’aime pas les jeunes et m’amuser. Je ne fréquente que des vieux snobs qui s’ennuient. Ma chère belle sœur s’est mise à la page, elle, moi pas, je suis restée au dix neuvième siècle. Elle a raison. Ce qui m’étonne cependant c’est qu’elle n’a jamais mais alors jamais vu un de mes amis. Je me demande pourquoi elle a cette idée dans la tête. D’ailleurs elle m’a aussi reproché d’être de gauche, et le reproche également à mon frère. Mais ça c’est une autre histoire. Je n’ai pas été invitée à la méga fête qu’ils ont faite pour les vingt ans de Ma nièce. Je ne savais même pas qu’ils en faisaient une. Je l’ai appris après, par ceux qui y sont allés. Je ne suis pas jalouse, j’aimerais juste comprendre. À noël, ma belle sœur m’a déjà reproché de réussir et d’écraser les autres et en particulier mes nièces par ma réussite. Je les vois à peu près six fois par ans, et principalement aux fêtes, une après midi. À part cela je les écrase…
Il est normal que je m’efface dans ces conditions ; je ne souhaite écraser personne. D’autant plus que je n’aurais pas de grandes raisons s pour le faire, je n’ai pas réussi les examens que je voulais, je n’ai pas la vie que je voulais, je suis des cours de dactylo et tape sur une machine dans un bureau obscur. Cette année, je vais battre mon record. Je ne les ai vus pour le moment qu’à pâques et une fois avant mais trois minutes. Que leur ai-je fait ? Ce sont les seules personnes de mon entourage qui me fuient. Le reste de ma famille ne comprend d’ailleurs pas leur attitude. Nous sommes tous abasourdis. Peut-être se croient-elles jeunes et branchées et nous considèrent comme de vieux croutons. Mes cousins, cousines, ont tous entre vingt et trente ans, mais nous sommes tous vieux. Maman aussi est désolée, elle ne les comprend plus, en est peinée. Les réflexions lui vont droit au cœur, car ces réflexions sont faites à hautes voix et Maman elle-même est attaquée. Elles Ne s’en rendent même pas compte. L’âge ne fait rien à l’affaire. Chacun sa manière de vivre. Chacun sa maturité. Chacun ses passions. Ma passion c’est Stoned.
En fait, Je ne cherche plus à les comprendre. J’ai vécu plus de quinze ans avec elles, puis du jour au lendemain, fini. Je n’ai pas compris pourquoi et je n’ai pas cherché tout de suite, pensant que c’était l’adolescence qu’elles passaient.
Maintenant plus je les vois plus je me rends compte que j’aggrave les choses. Je les insupporte. Et leur mère m’agace. À six ans, elle se moquait de moi car j’enterrais mes poissons rouges dans un e boite d’allumette, à seize ans, elle me disputait car je la vouvoyais alors qu’elle était mariée depuis douze ans avec mon frère. J’ai mis au moins deux ans à la tutoyer, et maintenant j’ai encore des ratés. Je ne le fais pas exprès, je ne tutoie pas facilement. Je l’aime bien quand même, elle a un bon fond, c’est moi qui en aie un mauvais.
Mon cousin préféré me dit ; « Ne t’en fais pas, c’est l’âge, ça leur passera, même à moi elles n’ont rien à dire. Elles sont creuses, laisse les se remplir. »
Bon, bon, ça leur passera.
À bientôt.
Joséphine