Dimanche.
Max,
J’ai passé une excellente nuit. J’ai l’impression d’écrire un journal. Avec ce que cela comporte de fastidieux, d’impudique, et de chiant à lire.
Il faisait soleil, alors j’ai ouvert la fenêtre, étalé un drap de bain qui gisait là depuis hier soir, et je me suis étalée, non étendue, je ne suis pas encore de la glu, non sans avoir enlevé ma chemise de nuit. C’est seulement le deuxième dois depuis le début de l’année que j’ai le plaisir de me faire dorer en intégrale au grand soleil. Dorer est un bien grand mot. Je n’ai pas pris un yotta de couleur. Je suis toujours aussi grisâtre, verdâtre, fadasse, qu’en plein milieu de l’hiver. Je regrette que la fenêtre de ma chambre soit si petite. J’aurais voulu une baie vitrée. Je trouve que le soleil, quand il n’est pas trop fort, sait prodiguer des caresses voluptueuses. Après il devient une chape de plomb. Je n’aime pas la plage à cause de cela. Une foule, des saletés et du bruit. J’aime les plages en automne quand il n’y a personne, juste quelques amoureux attardés sur les dunes.
Puis nous sommes allés chez mes cousins. J’aime bien le mari de ma cousine. On s’adore ou on se déteste. C’est pareil n’est-ce pas ? Comme il dit, c’est l’amour vache. On ne s’est pas quitté. On a fini vers cinq heures par une sieste ensemble, plus personne n’osait nous déranger. Surtout que mon cousin avait dit : laissez nous draguer en paix. On a parlé, parlé, parlé. La conversation t’aurait surement plu. Tout y est passé : politique, problèmes familiaux, la vie, le boulot (il est éducateur spécialisé) Il me trouve aussi caractérielle que ses pensionnaires. On a aussi parlé d’amour, de sa vie dissolue, de ma vie sage, de ses plaisirs futiles que sont l’alcool, les hommes, les femmes, et la musique. Bref, on s’est bien entendu. Il veut me sortir en boite. Tu parles. Remarque, avec lui je risque de m’amuser, car il sait « se la donner » comme il dit.
Il suffit, je n’aime pas raconter par écrit ce que j’ai fait, dit, pensé ; et pourtant je ne fais que cela. Je le fais parce que tu me le demandes. C’est que l’inspiration ne vient pas. Je pourrais te faire des déclarations, inventer des mots, toucher le ciel par écrit. Je pourrais me remémorer les moments où mon corps a eu plaisir de ton corps. L'unique fois où tu as mis tes mains sur mes épaules, ton premier baiser sur ma joue, pas les sept autres qui ont suivi, juste le tout premier. Ma main dans ta main. Ma main dans ton dos, ta main sur mon genou, ma main sur ta poitrine, ma main sur ta joue, ma tête sur ton épaule. Mais cela ferait un peu déplacé, ne trouves tu pas, pour deux vieux amis que nous sommes.
Je pourrais dire des compliments fleur bleue. Mais ce ne serait pas sincère. Tout ce que je pourrais te dire ne serait pas sincère. Car je ne pense rien de toi en ce moment. Je suis dans mon lit et je digère une après midi très riche. J’ai envie de t’emmener ici en passant par les étangs. J’ai envie de voir un coucher de soleil, même si ma professeur de français disait que cela fait cliché. J’ai envie de calme et de silence. Je vais me mettre à pécher si ça continue. J’ai la tête vide et j’adore cela. Tu remarqueras que je prends sur mon temps de sommeil pour t'écrire. Je trouve que t'écrire me demande un effort considérable. Un squelette n’a rien à dévoiler, juste de vieux os. Rien de très intéressant à disséquer.
Dis donc ma beauté, quand voudras-tu me parler de ce qui te coupe la langue avec tes dents ? N’as-tu pas envie de me faire pleurer pour une fois ? Pour le moment c’est toujours toi qui pleure.
À un de ces jours.
Joséphine.
Puis il ne m’a pas trouvé aussi à son gout que cela…