MAMAN !

Publié le par Joséphine

 


Cher Stoned.

Vois-moi, je retombe en enfance, je fais des pâtés de sable, et je crie Maman ! Dans le jour, dans le noir ! Et je crie et ça ne répond plus. Et j’appelle et je veux un baiser, une caresse, ma maman, je suis orpheline. C’est bête à trente sept ans, qu’est-ce que ça peut faire ! Et je culpabilise, et je me questionne. Je mange, je dors, je vis, rien n’a changé.

Tout a changé.

J’ai vu la mort.

J’ai habillé maman.

J’ai tiré sur ses bras raides pour lui enfiler ses vêtements. 

J’ai tendu de toutes mes forces son doigt pour lui mettre son alliance.

Je l’ai soulevé pour l’habiller, j’ai embrassé la glace sur son front, sa joue, ses mains, ses jambes, j’ai tenté en vain de les réchauffer. J’ai vu le coma. Comment lui parler, comment avoir le courage de lui raconter les faits menus de la vie, sans pleurer, sans geindre, et lui demander de se remettre, pour pouvoir à nouveau la voir et se chamailler. Comment pleurer devant ou derrière elle de sa vie possible, de sa mort sûrement. Jamais je ne l’ai sentie plus proche. Elle était là : Au-dessus de moi, au plafond, ou à côté, sur le siège, ou dans la voiture avec moi. Elle était là et nous discourions, nous pleurions ensemble. 

Maintenant elle n’est plus là, je ne la sens plus. 

Je sais que ses mains sont les miennes.

Je les reconnais.

Peut-être alors est-elle un peu en moi et c’est la raison pour laquelle je ne la sens plus. 

Peut-être est-ce parce qu’on nous leurre. L’âme, la vie, la mort, la résurrection et tout le tintouin.

Des sornettes.

Je dis qu’elle est au ciel. C’est pour cela que je ne la sens plus comme lorsqu’elle était dans le coma. Mais je divague.

Je m’accroche, comme le lierre à son mur à des idées blanches pour ne pas en avoir des noires. 

Tu as raison. On ne se remet pas. Ils sont des milliers à mourir.

Toutes les secondes.

Moi aussi, je suis en train de mourir puisque je vis.

Je m’assomme, je m’embrouille et je vis.

Je ne crois pas en Dieu.

Je ne crois pas en moi.

Je ne crois pas en la vie.

Je ne crois pas en la mort.

Il y a un ailleurs. Au-delà de l’univers.

Là où tout est négatif.

Y vivent les licornes et les rêves en noir et blanc.

Je n’aime que le sommeil.

Je t’embrasse.

Joséphine.

Pardon pour ce barbouillage.

 

Il m’a répondu qu’il était mon ami, à jamais, ou quelque chose d’approchant. J’ai senti sur le papier la chaleur qu’il mettait à déposer ces mots, délicatement. Il m’a dit aussi qu’il pensait que j’étais guérie, comme les autres, que j’avais trouvé un certain apaisement. Je n’avais rien trouvé du tout. Il m’a déçu. Comment aurait-il pu croire cela ? Est-ce parce que je suis femelle qu’il pensait cela ? Un mâle ne change pas, l’accouchement, si possible dans la douleur, vous corrige de vos défauts et vous emprunt de sérénité. « Avec tout ce que j’ai souffert, et bla-bla et bla-bla ? » N’importe quoi. Je ne peux penser qu’il pensait cela. Je n’ai pas relevé, pour ne pas retomber. J’ai délicieusement relu que j’avais un ami, un ami qui me faisait chaud au cœur. J’ai mis dans ma poche le reste, avec mon mouchoir pardessus. Je me suis remontée, toute seule, avec cette preuve d’amitié. Il n’avait pas dit « je suis ton amour et je le resterai ». Je le lisais comme cela. En bonne narcissique, j’ai toujours aimé être aimée, et y croire plus dur que le fer.

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Publié dans Chapitre IX

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