Bonjour,

Publié le par Joséphine

Comment vas-tu ? Il fait gris aujourd’hui, ne trouves-tu pas ? Le temps que tu reçoives cette lettre, il fera peut-être merveilleusement beau. Tout à l’heure en fouillant dans mes cours (si bien rangés !) j’ai retrouvé une lettre de toi, d’il y a très longtemps et j’ai pensé que l’on ne s’écrivait plus. C’est bien triste. Peut-être n’as tu pas envie de perdre ton temps à  écrire alors que tu as tant de thèses à lire. Dont une que la bibliothèque a perdu, génial ! Tu vois je sais exactement ce que tu deviens par ta mère. C’est vrai que lire tout ce que je te raconte est fastidieux. Dommage, moi j’aimais bien te lire et je trouve toujours du temps. Mes journées doivent être plus longues que les tiennes. C’est peut-être la théorie de la relativité. En ce moment je peins quantité de chats, cela doit être mon amour de chaton qui me fait perdre la tête. Je pense chat, je vis chat, je ne vois plus que chat. J’ai envie de t’écrire chat. J’ai dit à ma mère que cela doit être cela la zoophilie, elle a poussé des bonds en me disant qu’avec les chats ce n’était pas possible, je lui ai répondu que je m’en étais effectivement rendue compte et que c’était donc de l’amour platonique. Elle a encore fait des bonds. Aujourd’hui elle est très malade et le médecin est incapable de dire ce qu’elle a, touts des charlatans. J’ai acheté un livre « la beauté du diable ». Pas assez piquant à mon gout mais j’aime le style. J’en ai un à dessiner depuis longtemps et je n’arrive toujours pas à lui trouver une tête qui me convienne. Je n’arrive pas à concevoir un diable horrible, un ange déchu, ne peut être imaginé que très beau, une tête d’ange, céleste. Sinon à quoi servirait-il qu’il soit le diable. Je reprends les peintures moyenâgeuses, les primitifs flamands. Cela dit, je m’inspire également des gravures dix-neuvième, complètement artificielles, pompeuses, le romantisme noir et les grands gestes éplorés. Ce n’est pas pour rien que ma mère m’appelle Sarah Bernhardt. Et que mon professeur de dessin passe son temps à me dire qu’avec tous les effets de manche que je fais, je devrais devenir avocate. Je me suis engueulée avec elle. Pardon pour le gros mot, mais disputée n’est pas suffisant. J’en ai assez, je voulais lui rendre toutes les peintures, pinceaux, etc. ; Mais elle a refusé, elle sait bien que le jour où je lui rends tout, elle ne me voit plus jamais. C’est une liaison très orageuse ; Mais c’est de ma faute. Elle a mis tous ses espoirs en moi. Et je l’ai balayée d’un revers de manche. Elle me disait de faire des études scientifiques. J’ai échoué. Elle ne voulait pas que je fasse du droit, je me suis tournée vers le droit. Alors, elle estima que je devais me tourner vers la profession de commissaire priseur. J’ai abandonné cette idée, faute de stage. Elle veut que je fasse avocate, pour gagner beaucoup d’argent. Je refuse. Elle tient en fait à ce que nous ouvrions une boutique d’antiquités et d’objets d’art ou peintures auxquels Nous joindrions le fruit de nos propres créations. Elle imagine, porcelaines, verreries, soie. Je n’ai aucune envie de lui prêter mon argent si un jour j’en ai, et que ce soit moi qui me paie toutes les taches administratives et autres. Quand je lui dis que mon rêve était d’avoir une boutique à moi, elle s’est accrochée à ce rêve, et je ne l’ai pas découragée. Mais en réfléchissant, je n’ai aucune envie de partager mon rêve, surtout à sa manière. Elle voit le temps qui passe, elle se voit vieillir et toujours faire un travail qu’elle n’aime plus. Elle s’accroche d’autant plus. Je deviens insolente parfois. En ce moment, c’est la guerre. Enfin, Nous avons deux mois de trêve. D’ailleurs elle aussi est insolente. Elle se moque constamment de mes parents, de moi aussi. Quand je ne veux pas sortir avec elle, elle dit que je ne veux pas me mélanger à la plèbe. Ce qu’elle oublie c’est qu’elle refuse également de se mêler, elle ne veut pas venir chez moi ? Car elle ne veut pas se retrouver face à face à mes parents. Elle fuit.

Elle ne connaît pas mes parents, et leur prête une mentalité de petit bourgeois qu’ils n’ont même pas. Cela m’agace au plus haut point. Ma mère ne l’apprécie pas. Elle pense qu’elle est amoureuse de moi et peut être pas platoniquement. En fait, je pense que c’était réciproque au début, je l’aimais vraiment beaucoup. Je comprends très bien sa manière de fuir, de ne pas aimer le commun des mortels. Elle partage tout à fait mon envie d’ile déserte. Mais il faut savoir ouvrir sa porte si l’on veut être aimé. Les fantômes c’est bien gentil mais il y a des Limites. Je n’ai jamais vu une de ses œuvres, ne serait ce qu’un croquis ou une toute petite chose. Jamais. N’est pas bon professeur qui ne veut pas donner l’exemple.

Relativisons. Je pense qu’elle ne veut pas nous influencer, qu’elle souhaite que nous trouvions notre propre style. Elle nous corrige très bien, c’est un bon professeur. Je suis juste amère.

Pourquoi donc te raconter tout cela ? Tu t’en moques royalement. Deux pages pour rien. Que je te parle de mon chaton. Il est beau d’amour. Sa robe est un peu vieillotte… Il est spécial, surement un peu raté mais c’est pour cela que je l’aime. Il ne louche presque plus. Il gambade partout avec son petit derrière trop lourd, il se casse souvent la figure. Il dispute sa mère. Mais quand il est tout seul il est malheureux. Il a deux dents et me mordille les doigts jusqu’au sang. Ma mère me dit que je vais vite ressembler à la mère à chats qui habitait dans la rue. Elle était répugnante, avait un nombre incalculable de chats qui dormaient partout chez elle, cela empestait. Et elle dépensait sa maigre retraite dans la nourriture pour chats, des rôtis, des gigots, ce qu’il y a de meilleur quoi ! Dire que j’aimerais être comme ça !

Je n’aurais plus à m’occuper de mon avenir. Ma souris est une bonne maman. Et Prince est un bon papa. Il éloigne tous les prétendants de Souris qui voudraient croquer mon chaton. Notre première chatte a quatorze ans, et Dieu la protège, je n’ai jamais vu une chatte d’une si jolie couleur, thé au lait. Aucune rayure. En ce moment, je vois plein d’affiches de nourriture pour chat portant en photo des chats roux adorables, cela me rend malade. Je pense tout le temps à mon Dinou. Il était si beau, un peu persan. D’ailleurs dans la lettre que j’ai retrouvée, tu l’évoquais, tu me disais qu’il te faisait penser au chat de Fat Freddy. Il était calme, gentil, avec une majesté dans les mouvements, et ses petits pantalons de golf… Si joli ! Tu te souviens, ses longs poils sur ses pattes arrière, qui lui donnaient l’air d’avoir des culottes bouffantes ; J’ai peint une tête de chat sortant d’un papier déchiré. Du mystère dans les yeux. En fait je ne fais que copier. Un e carte postale, J’ai aussi fait un chat gris par temps de pluie qui se mire dans une falque d’eau. En ce moment je fais une petite fille au bord de la mer qui tient un oiseau dans sa main. Son visage est bien joli mais je n’arrive pas à faire les rochers, car la peinture sèche trop vite avec le temps. Il faudrait que j’aie de l’essence d’œillet ou de clou de girofle.

Sinon pour mon mémoire, Je cours dans les ministères et je peux t’assurer que les gens sont rudement compétents et bosseurs.  Cela dit je n’arrive pas à trouver le plan et cela m’embête.

Voilà je t’ai encore ennuyé. Il faut être indulgent avec les simples d’esprit, n’est ce pas.

Bonne année, joyeuses pâques, neige en novembre, noël en décembre, qui va piano va sano, qui vivra verra, abracadabra fouchtra, et que le meilleur gagne.

J’ai oublié de te parler de tous les hystériques, déments, obèses, vicieux et autres à mon travail mais ça sera une autre fois.

Je t’embrasse.

 

Joséphine.

Pardon pour l’écriture affreuse et le stylo qui bave mais on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. 

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Publié dans Chapitre V

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